La pâquerette

Reconnaissance, confusions, usages, anecdotes et dessins idiots… Tout (ou presque) sur la pâquerette !

LA PÂQUERETTE (Bellis perennis L.) est une plante de la grande famille des Astéracées, comme les camomilles, les chardons et les pissenlits. Vivace ou bisannuelle selon le climat, elle est bien connue pour ses fleurs très communes dans les prés, les pelouses, et les bords de chemins.
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LA BELLE DES CHAMPS DE BATAILLE
On traduit généralement son nom botanique de manière très simple : Bellis perennis = « belle et pérenne » (qui vit plusieurs années), ou « toujours belle » (car elle fleurit longtemps). Mais les théories alternatives ne manquent pas : Bellis viendrait plutôt du latin bellum qui signifie la guerre (comme dans parabellum ou belliqueux), car les pâquerettes qui poussaient sur les champs de bataille et étaient utilisées par les médecins de l’armée romaine pour soigner les blessés. Ou bien Bellis viendrait de Belenos, le dieu celte des pouvoirs curatifs, régulièrement invoqué par le druide Panoramix. Ou encore de la nymphe Belledis qui, pour échapper à Vertumne, dieu romain des vergers, se serait changée en pâquerette.
Le nom commun pâquerette aussi multiplie les explications : pour la plupart des auteurs, il vient du fait que la floraison de la plante abonde à la période de Pâques. Mais une origine tout aussi probable serait que pâquerette dérive de l’ancien français pasquier, qui signifie pâturage.
DES POILS ET DES FLEURS, AU RAS DES PÂQUERETTES…

Si l’on reconnaît les fleurs de pâquerette au premier coup d’œil, les feuilles sont moins évidentes… Elles sont en forme de spatule, légèrement crénelées et velues, et ne montrent qu’une seule nervure, la centrale. Elles sont disposées en petite rosette très proche du sol (pour échapper aux brouteurs et aux tondeuses).

Rosette basale (2)
Cette rosette plaquée a d’ailleurs donné naissance à quelques expressions, la plus connue étant « au ras des pâquerettes », qui signifie terre à terre, ou plus souvent de nos jours (avec un poil moins de bienveillance) « intellectuellement pauvre », sans ambition. Mais il en existe d’autres :
Autrefois, la pelouse n’était pas bien tondue dans les cages des terrains de football, car celles-ci n’étaient pas démontables. Alors lorsqu’un gardien encaissait un but, on l’envoyait « aux pâquerettes », c’est-à-dire chercher le ballon au fond des filets. Depuis, « aller aux pâquerettes » signifie encaisser un but. La même expression veut aussi dire quitter la route (en vélo, en voiture…) par accident, se retrouver sur le bas-côté ou dans un champ, où poussent les pâquerettes.
Quant aux fleurs, elles apparaissent au bout d’une tige florale ronde, velue et sans feuilles, grosso modo de mars à juin, mais elles peuvent durer toute l’année selon les régions.
Chez la pâquerette comme chez toutes les Astéracées (anciennement Composées), ce que nous appelons généralement une fleur est en réalité un capitule d’environ 250 fleurs. Celles qui sont rassemblées au centre sont jaunes et tubulées (en forme de tube), et celles de la périphérie sont blanches teintées de rose et ligulées (en forme de langue).
À la loupe, les organes sexuels de chaque fleur apparaissent. (3)
Les Astéracées qui ne portent que des ligules sont dites liguliflores, comme les pissenlits et les laitues.
Celles qui ne portent que des fleurs en tubes sont dites tubuliflores, comme les chardons.
Et celles qui combinent les deux types de fleurs sont dites radiées, comme notre pâquerette, ou encore la marguerite, le tournesol, les asters…
Pissenlit (liguliflore) (4)
Cirse acaule (tubuliflore) (5)
Séneçon à feuilles de roquette (radiée) (6)
Donc, lorsque les pâquerettes et les marguerites se changent en oracles champêtres, ce sont bien des fleurs entières, et non de simples pétales, que l’on retire une à une en récitant « il/elle m’aime, un peu, beaucoup… ». À propos, selon un usage un peu plus désuet encore, le même effeuillage de pâquerettes permettait aux jeunes filles de prédire leur avenir en récitant « fille, femme, veuve, religieuse »…
Comme les fleurs de pas mal d’autres herbacées, les capitules des pâquerettes se referment la nuit et s’ouvrent le matin pour s’épanouir au soleil ; elles peuvent aussi se fermer pendant les averses, voire un peu avant, ce qui permettrait dans les campagnes de prédire la pluie légèrement à l’avance.
Les pâquerettes se ferment le soir ou par temps de pluie. (7)

Ce mécanisme est appelé nyctinastie (mouvement lié à la nuit). Il permet surtout à la pâquerette de protéger ses organes reproducteurs du froid nocturne, des pluies violentes et, au passage, des assauts de gastéropodes.

Y’A À BOIRE ET À MANGER
Les fleurs et les feuilles sont riches en minéraux et sont souvent consommées crues. Elles ont un léger goût de noisette, mais on les utilise plutôt en mesclun car, selon les palais, les feuilles ont un arrière-goût piquant et les fleurs ouvertes sont un peu amères.
Les feuilles ne se mangent pas qu’en salade ; elles sont aussi cuisinées de mille façons : mélangées à la purée de pommes de terre, hachées en sauce ou en soupe, lactofermentées… Quant au boutons floraux, ils sont beaucoup plus doux au goût que les fleurs ouvertes. On les trouve cuisinés en soupe, revenus à la poêle ou conservés au vinaigre.
On fabrique un « vin de pâquerettes » à base de capitules floraux, de levure de bière, de miel et d’eau. Certaines recettes ajoutent des fruits secs, du jus et du zeste d’orange et de citron, voire du gingembre ou des aromates. On trouve facilement le procédé détaillé du vin de fleurs sur internet, que l’on peut adapter pour la pâquerette, le pissenlit, la marguerite, la reine-des-près, le sureau…
DES PETITES FLEURS ET ÇA VA MIEUX
Les fleurs de pâquerette sont utilisées depuis des siècles pour leur action anti-inflammatoire, désinfectante et cicatrisante. On sait maintenant que la plante contient des tanins qui resserrent les tissus, et des composés antibactériens (polyacéthylènes) semblables à ceux de l’arnica. Ainsi, pour une application externe sur les ecchymoses et les plaies, on utilise les capitules floraux en alcoolature (macération dans l’alcool), en baume (macérat huileux additionné de cire d’abeille) ou simplement en application de fleurs pilées.
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En usage interne, les fleurs en tisane ont un effet adoucissant pour les muqueuses, car elles contiennent du mucilage (une substance qui devient visqueuse au contact de l’eau). Elles contiennent aussi des saponosides qui augmentent les sécrétions de mucus et leur fluidification (action expectorante). Toutes ces propriétés associées en font un excellent remède contre les inflammations des voix respiratoires : rhume, bronchite, laryngite, mais aussi pour celles du tube digestif.
La pâquerette est aussi bien connue pour ses effets apaisant, nourrissant, circulatoire et tenseur sur la peau. On l’utilise ainsi souvent en macérat huileux, baume ou crème, pour traiter l’acné, l’eczéma, le psoriasis, ou encore pour raffermir la poitrine, le ventre, les cuisses…, bref, tout ce qui peut se relâcher avec l’âge ou après un accouchement.
Les vertus et les usages de la pâquerette ne s’arrêtent pas tout à fait là… diurétique, dépurative, nutritive… mais nous vous faisons confiance pour fouiller plus loin !
Cliquez sur les photos pour voir la recette du macérat de pâquerettes ! (9)
ÇA RESSEMBLE, MAIS C’EST PAS ÇA
En France métropolitaine, Bellis perennis est la pâquerette la plus répandue, mais on trouve trois autres espèces du genre Bellis, et une espèce d’un autre genre très proche, le genre Bellium :
La Pâquerette d’automne (Bellis sylvestris) qui pousse en région méditerranéenne ; elle est un peu plus grande et plus robuste que B. perennis, et on distingue trois nervures sur la feuille.
Bellis sylvestris (10)
La Pâquerette annuelle (Bellis annua), sur les sols acides ou salés du pourtour méditerranéen. Ses feuilles sont plus molles et charnues, rappelant les plantes « grasses ».
Bellis annua (11)
La Pâquerette pappuleuse (Bellis pappulosa) qui ressemble à B. sylvestris mais ne se trouve que dans les prairies sèches de Poitou-Charentes, où elle est rare et protégée. Les fruits de cette espèce sont munis d’un pappus, une sorte de duvet qui disperse les graines, comme les aigrettes du pissenlit et des chardons ; mais il est beaucoup plus discret.
Bellis pappulosa et ses fruits à pappus (12)
En Corse uniquement, on trouve la Fausse pâquerette (Bellium bellidioides), aussi appelée pâquerette à feuilles spatulées. Ses feuilles sont nombreuses, petites, épaisses et très spatulées. Les fleurs ligulées sont blanches avec une bande rouge dessous. Cette espèce aussi produit des fruits à pappus.
Bellium bellidioides (13)
Il est intéressant de savoir reconnaître notre belle pérenne en hiver pour ses jeunes rosettes, mais alors les fleurs ne sont pas encore là et quelques confusions sont possibles. En effet, beaucoup d’autres espèces ont une rosette de feuilles plus ou moins spatulées, mais sont assez facilement différenciées de la pâquerette parce qu’elles sont entières (sans dents) et/ou glabres (sans poils).
Petit résumé des confusions possibles :

 

Des poils ? Des dents ? Comestible ?
notre Pâquerette
(Bellis perennis)

épars

peu marquées

oui

les Mâches
(Valerianella sp.)

non

ça dépend

oui

le Myosotis des champs
(Myosotis arvensis)
beaucoup

non

oui

les Tabourets
(Thlaspi sp. et Microthlaspi sp.)

non

ça dépend

oui

le Mouron d'eau
(Samolus valerandi)

non

non

oui

les Arabettes
(Arabidopsis sp.)

oui

peu marquées

oui

l'Anarrhine à feuilles de pâquerette
(Anarrhinum bellidifolium)

non

aiguës

non

Mâche (14)
Myosotis des champs (15)
Tabouret à odeur d'ail (16)
Mouron d'eau (17)
Arabette des dames (18)

Les feuilles en rosette des Arabettes ont beau être poilues et plus ou moins dentées, elles restent reconnaissables : elles sont couvertes de pustules, elles-mêmes surmon­tées de mini-touffes de deux ou trois « poils », à la différence des cils simples de la pâquerette. Elles ont le goût piquant caractéristique des Brassicacées (cresson, moutarde…).

Cela dit, mâches, myosotis, tabourets, mouron d’eau et arabettes sont comestibles, donc au pire, rien de grave !
Seule l’Anarrhine à feuilles de pâquerette, plante très proche des linaires et des gueules-de-loup, est à ne pas confondre car elle est considérée comme toxique. Mais un œil averti ne s’y trompera pas : ses feuilles sont luisantes, bordées de dents irrégulières aiguës, et surtout glabres.
Anarrhine à feuilles de pâquerette (19)
PAS TROP RELOU ?
Nous espérons que les informations ci-dessus ne sont pas trop rébarbatives ou décourageantes… Aussi résumons-nous !
Les feuilles de la pâquerette, intéressantes à cueillir en hiver, sont :

–  en rosette plaquée au sol
–  légèrement dentées
–  couvertes de cils épars, simples (ni fourchus ni étoilés)
–  sans pustules
–  à une seule nervure (centrale) bien visible
–  pas luisantes
–  douces au goût

Feuille de Bellis perennis (20)
PETITE CHIMIE D’UN SOL PIÉTINÉ…
Nous l’avons évoqué en introduction : les pâquerettes affectionnent les prairies d’élevage et les bords de chemins… c’est-à-dire les sols compactés ! Mais pour ceux et celles qui voudraient aller un peu plus loin, voici un petit topo simplifié (les pros du domaine nous excuseront) :
Un sol tassé, c’est un sol où les petites bestioles souterraines ne peuvent pas pulluler à loisir. Un sol où les bactéries de surface meurent d’asphyxie. Du coup les matières organiques (feuilles mortes, crottes d’animaux…) sont mal décomposées par manque de décomposeurs, et elles ne peuvent pas bien se mélanger à l’argile pour former le sol de nos rêves, une structure appelée complexe argilo-humique. Lorsqu’il est bien formé, ce complexe est une terre aérée, grumeleuse, à la fois riche de vie, de nutriments, capable de stocker l’eau et de l’acheminer vers les nappes phréatiques (plutôt que d’en faire des inondations et des torrents de boue).
Dans ce sol merveilleux, l’argile (minéral) et l’humus (végétal) sont liés l’un à l’autre par divers ions positifs comme le calcium (Ca2+), le magnésium (Mg2+) ou le fer (Fe2+). Ces minéraux servent de lien mais sont aussi tous bien connus comme composants essentiels à la bonne santé des plantes.
Or, lorsqu’ils servent de « ponts » entre argile et humus, ils sont fixés dans le sol puisqu’ils sont « accrochés » au complexe, et ils sont aussi disponibles pour les plantes. Mais si le complexe va mal ou s’il est détruit faute d’oxygène, de bactéries, de vers de terre, etc., alors les ions ne sont fixés à rien. Ils sont libres. Ce qui fait qu’à la première grosse pluie, pfft, ils sont lessivés, direction la rivière, la mer…
Nous voilà donc avec un sol carencé en calcium, en magnésium, etc., ce qui freinera d’autant plus la création du complexe argilo-humique et l’aération du sol.
Eh bien lorsqu’une importante colonie de pâquerettes peuple une prairie, c’est tout cela qu’elles nous racontent. Car elles sont indicatrices d’un sol compacté, au complexe argilo-humique mal en point ou absent, soumis à l’érosion et au lessivage des minéraux, notamment des ions calcium et fer.
Une prairie à pâquerettes (21)
Face à ce constat, il est possible pour le jardinier de redonner fertilité et équilibre au terrain, petit à petit. Le processus est simple : si l’on cesse de tasser le sol, la vie revient d’elle-même. Bactéries, vers de terre, champignons, insectes… Un monde fou qui décompose, mélange, aère… bref, crée de l’humus. Pour les sols vraiment épuisés (ou si l’on veut juste accélérer le processus), il suffit d’apporter du compost en guise de coup de pouce. Un décompactage de surface (à la grelinette par exemple), un bon paillage et alors là c’est Byzance. La vie se multipliera à vitesse grand V et ne tardera pas à transformer la structure du sol, son pH et sa fertilité.
Notons au passage que, face à une carence en calcium, il est courant de s’attaquer au symptôme plutôt qu’aux causes : on épand ainsi de la chaux dans les champs pour en faire remonter le pH et permettre aux cultures de mieux pousser. Malheureusement, la chaux est bactéricide, fongicide et insecticide. À l’échelle microscopique, c’est un massacre. On préconise d’ailleurs d’espacer les chaulages de plusieurs années et d’apporter du compost et du fumier entre temps, pour que le sol se refasse un début de santé. Puis on chaule à nouveau et on recommence, tandis que le tracteur ou les animaux continuent de tasser le sol…
Un proverbe dit : la chaux enrichit le père et ruine le fils.
MICROCOSMOS
Nuisibles, auxiliaires, ravageurs, mauvaises herbes, plantes compagnes, invasives… Les bestioles et les plantes sauvages de nos jardins sont toutes bien plus complexes et intéressantes que ces petites cases dans lesquelles on s’entête à les mettre. Et au bout du compte, chaque espèce a sa place, son rôle, son impact, tout à la fois néfaste et bénéfique. Nous savons que les écosystèmes les plus riches sont aussi les plus sains, puisque chaque élément participe à réguler l’ensemble en se faisant prédateur, proie, parasite, symbiote… Alors au Jardin du Planet, nous aimons les plantes pour tout ce qu’elles apportent, y compris les insectes qu’elles attirent !
Un syrphe (22)
Puceron vert du prunier (23)
Napomyza bellidis (24)
Bien sûr, les pâquerettes riches en nectar nourrissent toutes sortes de pollinisateurs (abeilles, bourdons, syr­phes, papillons, coléoptères…) dès la fin de l’hiver et parfois jusqu’à très tard dans la saison. Mais de nombreuses espèces phytophages profitent aussi de sa présence : Le Puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) a, comme son nom l’indique, une nette préférence pour les arbres du genre Prunus (pruniers, cerisiers, pêchers…). Mais à défaut, il ira se fixer sur beaucoup d’autres plantes, en particulier sur des Astéracées comme notre pâquerette. Plusieurs chenilles de papillons de nuit (pyrales, arpenteuses et tordeuses notamment), se nourrissent des feuilles de pâquerettes et des larves de « mouches mineuses » creusent aussi leurs galeries dans les feuilles. Une espèce en particulier, Napomyza bellidis, ne peut se nourrir que de pâquerette.
La liste est loin d’être exhaustive ; malheureusement, les études qui s’intéressent aux bébêtes et à leurs plantes-hôtes n’ont bien souvent pour cibles que les « ravageurs », connus et combattus. La raison probable, c’est qu’il est possible de dénicher des financements du côté de l’industrie phytosanitaire par exemple, qui se nourrit des guerres livrées aux champs, mais de moins en moins pour de la recherche plus fondamentale. Difficile, dans ces conditions, d’en savoir plus sur les insectes discrets qui côtoient la pâquerette mais ne sont sur aucune liste noire.
Dans un autre style, on trouve tout de même les Araignées-crabes, ces petites araignées aux longues pattes antérieures, qui se déplacent de côté comme des crabes, et qui chassent à l’affût. Les femelles de plusieurs espèces ont la particularité de chasser sur les fleurs, et de changer de couleur en fonction. Les plus communes sont la Misumène variable (Misumena vatia) et la Thomise chargée (Thomisus onustus). En cherchant bien, on peut ainsi les trouver, verdâtres, jaunes ou blanches, immobiles sur les pétales de pâquerettes. Le malheureux butineur qui choisit la mauvaise pâquerette est alors paralysé par une morsure derrière la tête, puis dégusté sur place.
Misumène variable (25)
Thomise chargée (26)
DE QUELLES COULEURS SONT LES PÂQUERETTES ?
Les pollinisateurs de l’ordre des Hyménoptères (abeilles, bourdons, guêpes…) ne voient pas le rouge, qui leur apparaît comme presque noir, mais perçoivent toutes les couleurs allant de l’orange à l’ultraviolet. Ils sont par ailleurs beaucoup plus attirés par le bleu et le violet.
Mais les pigments végétaux responsables de ces teintes, appelés anthocyanines, ne sont pas faciles à produire, car ce sont des composés complexes et instables, du moins dans ces coloris. Aussi, la plupart des plantes ont développé des stratégies pour être le plus attractives possible aux yeux des Hyménoptères, sans l’aide des anthocyanines. Il y a les parfums, bien sûr, mais la pâquerette ajoute à cela une ou deux astuces visuelles :
Première astuce : être bleue sans produire de bleu ?
On peut parfois lire cette aptitude de la pâquerette à se faire bleue non pas de manière chimique, mais structurelle. En effet, observés au microscope, les fleurs de très nombreuses plantes montrent un assemblage de cellules de formes particulières à la surface des pétales : des cônes, des stries… qui peuvent créer une diffraction de la lumière, comme chez certaines espèces de poissons, papillons, scarabées et disques compacts. Sur les ligules (fleurs blanches) de la pâquerette, ce sont des cellules cylindriques qui forment des rides, elles-mêmes striées transversalement (un aperçu ici). Lors d’expériences en laboratoire, des éclairages particuliers ont pu faire naître un halo bleu sur ces rides, et révéler l’effet attractif du halo sur des pollinisateurs entraînés. Mais une étude anglaise datant de 2014 et portant sur 4 espèces différentes (ficaire, camomille sauvage, ketmie d’Afrique et pâquerette), a montré qu’une telle iridescence n’apparaît pratiquement pas sous une lumière naturelle et n’a probablement aucun effet sur des butineurs sauvages. En guise de conclusion, les chercheurs présument que ces rides et ces stries sont plutôt liés à une propriété mécanique, quelque chose en lien avec le déploiement des pétales lorsque la fleur s’ouvre.
Seconde astuce : être ultra-violette !
Bon nombre des fleurs que nous voyons rouges, orange, jaunes ou blanches ont des parties visibles dans l’ultraviolet, grâce à d’autres types de pigments. Ce sont bien souvent des lignes, des points ou des taches bien contrastées qui apparaissent au centre de la fleur, et qui constituent un signal visuel important pour amener les butineurs tout droit vers leur nourriture et donc les organes reproducteurs. On appelle ces dessins guide floral ou guide nectarifère.
Les capitules d’Astéracées, bien que composés de centaines de fleurs à polliniser, imitent tout de même ces guides floraux, en créant le contraste entre les fleurs du centre et celles du pourtour : pour une abeille par exemple, les fleurs d’un pissenlit sont jaunes sur le pourtour et « ultraviolettes » au cœur !
Chez la pâquerette, la différence de couleurs est déjà visible par l’œil humain (jaune au milieu, blanc autour), mais sous une lumière UV, les fleurs révèlent d’autres teintes. L’étude de 2014 citée plus haut a en effet mis en évidence la présence d’un pigment ultraviolet encore non-identifié dans les ligules.
Une pâquerette sous lumière U.V. (27)
Une pâquerette sous lumière U.V. (27)
En passant, les araignées-crabes dont on parlait plus haut peuvent elles aussi émettre dans l’ultra-violet pour un camouflage parfait parmi les fleurs !



2 réflexions sur « La pâquerette »

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