Portrait n°3 : La Pisaure admirable

Un mâle portant son offrande nuptiale… mais y a-t-il quelque chose à l’intérieur ?

CETTE ARAIGNÉE (inoffensive pour les humains) s’appelle Pisaura mirabilis, la Pisaure admirable. Et c’est un mâle.
Entre ses pédipalpes (l’équivalent des mandibules chez les insectes), le cocon qu’il porte est un cadeau pour la femelle.

LES MÂLES EMBALLENT

Chez de nombreuses espèces d’araignées, l’accouplement est une opération risquée pour le mâle, bien souvent dévoré par sa douce après l’accouplement… ou pendant ! Alors monsieur Pisaure a trouvé une astuce. Il chasse d’abord une proie qu’il emmaillote abondamment de soie, puis l’offre à madame lors de son approche. Deux avantages à la manoeuvre : d’abord, un petit cadeau ça aide à conclure ; mais surtout, le temps que la femelle détricote la pelote et mange la surprise qui s’y cache, l’amant a une petite heure devant lui pour faire son job sans craindre pour sa vie. C’est bien vu.

Et si cette femelle-là ne veut pas s’accoupler tant pis, il n’insistera pas… mais pas question de lâcher l’offrande nuptiale qui pourrait très bien en contenter une autre ! Alors si la belle essaie de s’échapper avec le paquet, l’éconduit s’y cramponne et fait le mort. Du coup, très vite lassée de traîner le poids de son prétendant accroché au larcin, la femelle abandonnera le tout, tandis que lui pourra reprendre sa quête.

PETITS MALINS

À vrai-dire, certains mâles s’embêtent moins que ça. Ils apportent bien un cadeau tout aussi compliqué à ouvrir, mais l’emballage est vide !
Ça fait moins de boulot en amont, c’est sûr ; cela dit la méthode a un inconvénient : puisque miss Pisaure n’aura rien à manger, le temps d’accouplement s’en trouvera fortement diminué, donc moins de sperme transféré, donc moins d’oeufs pondus à la sortie.
Leurre ou vrai cadeau, les deux techniques ont finalement leurs avantages. C’est probablement pourquoi la sélection naturelle a conservé les deux jusqu’à présent.

BONNE MÈRE !

Pour finir l’histoire, la femelle fécondée se balade avec ses œufs dans un cocon et, quand l’éclosion approche, elle les dépose dans la végétation, sous une toile en forme de cloche appelée pouponnière. En ouvrant l’oeil dans les herbes hautes en été, on peut voir ces pouponnières un peu partout, avec à l’intérieur un petit amas noir : ce sont des centaines de bébés Pisaures qui se nourrissent de moucherons pris dans leur toile. En attendant leur seconde mue et leur dispersion, maman n’est pas loin. Elle cesse même de s’alimenter pour veiller sur eux à chaque seconde, et finira par en mourir.

Admirable ? En tout cas, c’est qui lui a valu son nom…

Illustration : David Bricout

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