Portrait n°4 : le Lucane cerf-volant

Le plus gros insecte de nos contrées, sa vie amoureuse et ses soucis de logement…

Lucanus cervus est un gros, gros coléoptère. À vrai-dire, le plus gros insecte d’Europe.

Mesurant jusqu’à (presque) neuf centimètres de long, les mâles sont facilement reconnaissables à leurs énormes mandibules ressemblant plus ou moins à des bois de cerf, ce qui leur a valu le nom de Lucane cerf-volant. Et du même coup la femelle, plus petite et plus discrète, a hérité du nom de Grande biche. C’est chou…

LE PARCOURS DU CERF-VOLANT

Au Jardin du Planet, durant la saison chaude, plusieurs mâles apparaissent à chaque crépuscule pour sillonner la lisière forestière en quête de donzelles. Ils se déplacent pratiquement dressées à la verticale, grosses bêtes vrombissantes prenant des allures de petits hommes dotés de jet-packs.

Malgré leur allure impressionnante, les « bois » du mâle sont bien plus encombrants que dangereux. Ils ne servent en fait ni à tuer ni à creuser le bois, mais uniquement à se disputer pour une femelle. Ces rencontres entre prétendants sont très fréquentes et donnent lieu à une sorte de lutte gréco-romaine, généralement peu sanglante, où le vaincu finit par s’effacer de lui-même s’il n’est pas carrément éjecté.

Une fois les prédateurs (geais, pies…) évités et les rivaux évincés, le winner approche sa bibiche. Elle s’est posée sur un chêne ou un châtaignier blessé dont ils pourront siroter la sève ensemble pendant l’accouplement, et ça c’est sympa. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle voudra bien se laisser grimper dessus, qu’est-ce que c’est que ces manières. Alors le mâle, pas tellement gentleman, essaie de la maintenir avec ses pattes et ses mandibules, tout en continuant à repousser d’éventuels nouveaux mâles…

Ce n’est qu’une fois la fécondation terminée et la femelle partie pondre, que le mâle aura droit au repos. Un repos éternel d’ailleurs, puisqu’il meurt juste après l’accouplement.

Lol.

LES LUCANES CANENT, CANENT…

Dans la Rome antique, les mandibules des mâles étaient mises en pendantif au cou des jeunes enfants pour les guérir et les préserver des maladies infantiles. L’usage s’est perdu depuis et l’on ignore tout aujourd’hui de son efficacité, mais les lobbies pharmaceutiques sont unanimement sceptiques.

Plus sérieusement, les larves vivent et se nourrissent de bois pourri dans les vieilles souches et les troncs tombés à terre, souvent de chênes et châtaigniers, mais pas que. En France, l’espèce est encore bien représentée par endroits, mais globalement elle décline. En cause : la destruction des haies, le dessouchage, l’abattage des vieux arbres, l’élimination du bois mort… Facile de savoir quoi faire (ou plutôt ne pas faire) pour préserver ces belles grosses bestioles !

Et chez vous, y’a de la place pour les Lucanes ?

Illustration : David Bricout

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